L'étayage

Cette section porte sur la diversité au sein de la classe de français, et ce, en positionnant le concept d’étayage au cœur de la réflexion. Tous les groupes d’élèves sont hétérogènes. Il ne faut donc pas oublier que la présence d’apprenants pour qui le français est une langue seconde peut s’avérer bénéfique, car cela implique que l’enseignant devra assurer une mise en place de pratiques pédagogiques inclusives, qui répond aux besoins de l’ensemble de ses élèves. Dans cette perspective, il importe donc de différencier son enseignement. 

Ce que vous apprendrez dans ce module 

La section propose les objectifs suivants :

  • Réfléchir sur ses pratiques et sur celles qui sont fréquemment adoptées par les enseignants de votre région 
  • Se familiariser avec l’étayage et l’intégrer à ses pratiques selon les besoins des élèves 
  • Apprendre à soutenir les élèves en leur enseignant des manières efficaces d’apprendre des langues
(voir également Marille [site uniquement disponible en anglais et en allemand], 2011, 33–36)

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Les idées principales 

Qu’est-ce que l’étayage ? Comment ce concept s’applique-t-il à l’enseignement du français ? 

Le terme étayage renvoie au soutien que l’élève reçoit et qui lui permet de développer des connaissances et des habiletés qui sont transférables à d’autres contextes.

Pauline Gibbons (2009 : 15) décrit l’étayage en fonction des caractéristiques suivantes : 

  • Il s’agit d’un appui temporaire, qui aide l’élève à construire de nouvelles connaissances 
  • Il permet à l’élève de comprendre comment faire quelque chose. Il va donc au-delà du quoi faire. 
  • Il vise l’autonomie de l’élève dans la réalisation de tâches similaires à celles faites grâce à l’étayage. 
  • Il est axé sur l’avenir. Ce que l’élève peut faire avec un certain soutien aujourd’hui, il pourra le faire seul demain. 

D’après van Lier (2004 : 158), l’apprentissage par étayage ne se limite pas à l’aide que peut offrir l’enseignant à ses élèves. L’étayage peut également se manifester dans d’autres types d’interactions : 

  • un apprenant peut recevoir de l’aide d’un apprenant plus avancé.
  • un apprenant peut recevoir de l’aide d’un apprenant du même niveau, lors d’une résolution de problème en groupes, par exemple. 
  • un apprenant peut enseigner des notions à des apprenants de niveaux inférieurs. 
  • un apprenant peut travailler seul et mettre à profit ses propres ressources. 

Réfléchissez sur ces définitions de l’étayage et comparez-les aux pratiques enseignantes les plus utilisées dans votre région :

  • Comment l’étayage s’applique-t-il ? 
  • Quels types d’étayage sont-ils le plus souvent mis en œuvre ?
  • Quels types d’étayage sont-ils les moins utilisés par les enseignants ? Pourquoi ? 

Deux types d’étayage : l’étayage planifié et l’étayage interactionnel 

En classe, il convient de distinguer deux sortes d’étayage : l’étayage planifié et l’étayage interactionnel. 

L’étayage planifié renvoie aux activités qui sont consciemment planifié par l’enseignant et qui soutiennent l’apprentissage des élèves. L’étayage interactionnel est plus spontané, car il se manifeste lors de l’interaction entre individus en salle de classe.  Dans le tableau suivant, vous trouverez les principales caractéristiques de ces étayages (Gibbons, 2009, p. 154-158). 

Pensez-vous que ces caractéristiques se reflètent dans l’enseignement du français ?

 Étayage planifié 
  • L’enseignant mise sur les connaissances antérieures des élèves dans leur(s) langue(s) première(s) et seconde(s) lors de l’enseignement de nouvelles notions. 
  • L’enseignant partage ses objectifs d’apprentissage à ses élèves. Ceux-ci sont clairs et explicites. 
  • Les tâches sont organisées en séquences pour qu’il y ait des liens entre les notions enseignées aux élèves. 
  • L’enseignant met en place différentes structures organisationnelles dans sa classe pour favoriser la participation de tous ses élèves (travail en dyades, en groupes, individuellement, avec tout le groupe, etc.). 
  • Le curriculum n’est pas simplifié, mais bien amplifié ; l’enseignant cherche plusieurs manières de rejoindre ses élèves. 
  • L’enseignant propose de nombreuses discussions autour de textes lus par les élèves (cercles de lecture, réponse à des questions sur une feuille, etc.).  
  • L’enseignant offre la chance aux élèves de prendre part à des discussions portant sur des faits de langue (à l’aide du métalangage, par exemple). 

 

  Étayage interactionnel 
  • L’enseignant est à l’écoute des représentations, justes et erronées, des apprenants. Il ne fait pas qu’attendre la bonne réponse ! 
  • L’enseignant tient compte, de manière constante, des connaissances antérieures de ses élèves. 
  • L’enseignant met l’accent sur les notions clés en répétant souvent ce qui a été dit en classe. 
  • L’enseignant reformule les propos des élèves à l’aide de termes scolaires, pour jeter un éclairage sur les concepts clés et les expressions qui doivent être appris. 
  • L’enseignant offre aux élèves la chance de prendre la parole, de reformuler leurs propos et de les modifier au besoin. 
  • L’enseignant offre aux élèves un temps de réflexion et de réponse. Il les aide à pousser leur réflexion plus loin en posant des questions pertinentes. 
  • A votre avis, quelles sont les caractéristiques qui devraient être les mieux représentées lors de l’enseignement du français ? 
  • Pouvez-vous penser à d’autres façon d’offrir de l’étayage à vos élèves en classe de français ? 

Références :

Gibbons, P. 2009.English Learners, Academic Literacy, and Thinking: Learning in the Challenge Zone. Heinemann.

Walqui & van Lier 2010. Scaffolding the academic success of adolescent English language learners: A pedagogy of Promise. WestEd.

Activités 

  • EN LECTURE
  • EN ÉCRITURE
  • OFFRIR DE L’ÉTAYAGE GRÂCE À LA LITTÉRATURE
  • L’ÉTAYAGE PAR DE NOUVEAUX TEXTES
  • L’ÉTAYAGE ET LA RECHERCHE SUR INTERNET 

En lecture 

Partie 1 

Lisez ce document, qui propose quelques lignes directrices pour mettre en œuvre un enseignement de la lecture qui s’inscrit dans une perspective d’étayage. Quels sont les principes que vous adoptez dans votre pratique ? Quels sont ceux qui sont les plus souvent utilisés par les enseignants de français autour de vous ? 

Partie 2 

Choisissez une pratique que plusieurs enseignants utilisent pour enseigner la lecture dans votre région et modifiez-la en fonction des lignes directrices proposées dans le document ci-dessus. 

 

En écriture 

Partie 1                                       

Pensez à votre enseignement de l’écriture. 

  • Comment l’enseignement de l’écriture est-il généralement prodigué dans votre région ? Quels types d’activités sont utilisés en pré-écriture ? Quel type d’appui est offert aux élèves pendant le processus d’écriture?  Quand est-ce que les élèves reçoivent de la rétroaction ? Par qui et à quel moment ? 
  • D’après vous, comment les élèves se perçoivent-ils l’écriture à l’école ? 

Partie 2

Lorsqu’on a un groupe d’élèves hétérogène sur les plans linguistique et culturel, il ne suffit pas de leur offrir des sujets de rédaction ; il faut que leur enseignant offre, entre autres, un constant étayage et du modelage. L’enseignement de l’écriture, qui plus est, ne devrait pas être isolé. Au contraire, il devrait constamment être mis en relation avec les autres composantes de la discipline français, que ce soit l’oral, la lecture ou la grammaire.  Le processus d’écriture devrait solliciter les quatre habiletés langagières (productions orale et écrite, compréhensions orale et écrite). Il requiert aussi des habiletés en recherche. L’enseignant se doit au demeurant d’offrir de l’étayage aux élèves avant qu’ils soient appelés à écrire de manière autonome. 

Les habiletés que développe l’élève en écriture sont transférables d’une langue à l’autre. L’enseignant doit donc se familiariser avec les connaissances linguistiques que les élèves se construisent dans des langues autres que le français et les utiliser à bon escient lorsqu’il enseigne l’écriture. 

En vous appuyant sur les travaux de Pauline Gibbons (2009, 109-126), décrivez et discuter les étapes d’un enseignement de l’écriture qui s’inscrit dans une perspective d’étayage. Ces travaux partent du postulat qu’un enseignement explicite des genres doit être mis en place (Pour plus d’information, consultez le fichier sur les caractéristiques de 50 genres pour développer les compétences langagières en français: http://www.enseignementdufrancais.fse.ulaval.ca...50_genres.pdf). L’enseignement de l’écriture est divisé en quatre moments, et Gibbons propose des activités en lien avec chacun de ces moments.   

Partie 3

Évaluez l’approche de Gibbons en contexte d’écriture. 

  • Quels sont les bénéfices de cette approche ? Quels en sont les inconvénients ? 
  • Avez-vous eu la chance de mettre cette approche à l’essai ? 
  • Est-ce que l’approche pourrait être adaptée à votre contexte ? 

Choisissez une activité d’écriture qui est couramment utilisée dans votre région et adaptez-la en fonction des quatre moments de Gibbons. 

 

ENCOURAGER L’ÉTAYAGE LORS D’ACTIVITE EN LITTÉRATURE

L’exploration de manuels de français 

Partez à la découverte des manuels scolaires qui sont utilisés pour enseigner le français dans votre région. 

  • De quels types de littérature parle-t-on dans ces manuels ? De quels types de fiction parle-t-on ? 
  • Comment les manuels encouragent-ils la lecture de textes littéraires ? 
  • Est-ce que les tâches qui y sont proposées engagent l’élève ou s’agit-il de repérer de l’information dans le texte ? 
  • Est-ce que les élèves doivent vraiment comprendre le texte pour répondre aux questions ? 

  

L’étayage par de nouveaux textes 

Partie 1 : comment parle-t-on des nouvelles ? 

  • Jetez un œil aux manuels qui sont utilisés en français dans votre salle de classe. Comment y présente-t-on les nouvelles et les autres types de textes médiatiques ? 
  • Y présente-t-on des consignes pour préparer l’élève à la lecture de ces textes ? (p. ex. des stratégies de lecture) 
  • Quels sont les bénéfices de l’approche adoptée par le manuel ? Quels en sont les inconvénients ? 
  • Quelles sont les dimensions qui devraient être adaptées pour répondre aux besoins linguistiques des élèves, dont le niveau de connaissances en français peut varier. 

Partie 2 : un article en exemple 

Lisez un article sur Internet dont l’actualité fait une couverture internationale (en sport, en politique etc).

Cherchez, sur Internet, un article publié dans différentes langues. Comment les versions diffèrent-elles selon la langue? Mettez à l’écrit les différences et les similitudes qui existent entre les versions du texte. 

  • Comment ce texte pourrait-il être utilisé dans la classe de français, notamment pour utiliser le plurilinguisme des élèves comme une ressource?
  • Quels sont les sujets de cet article qui peuvent être discutés avec les élèves?

Partie 3 : développer des habiletés en français 

En gardant les trois profils d’élève en tête, concevez des tâches concernant l’article sur Zlatan pour chacun d’entre eux. Focalisez votre attention sur les points suivants : 

  • Le soutien des élèves, pour qu’ils développent des stratégies en lecture 
  • L’apprentissage du genre textuel qu’est l’article de journal 
  • L’utilisation de leur répertoire langagier pluriel 
  • Le développement de compétences relatives à la recherche d’information 

 

L’étayage et la recherche sur Internet 

Partie 1 : les stratégies qui favorisent la recherche sur Internet 

  1. Comment guideriez-vous vos élèves s’ils doivent faire une recherche sur Internet ? En petits groupes, élaborez des consignes que vos élèves pourront suivre. Quels sont les cinq conseils que vous pourriez leur partager ?
  2. Quels sont les bénéfices d’une telle activité ? Comment pourriez-vous l’améliorer ? 
  3. Est-ce que cette activité satisfait les besoins des trois élèves qui apparaissent dans les profils de ce site ? Pourquoi ? Pourquoi pas ?

Partie 2 : utiliser le répertoire langagier plurilingue des élèves en cherchant sur Internet 

Vos élèves doivent faire l’activité suivante :

À l’aide de différentes ressources, réponds aux questions suivantes : 

  1. Qu’est-ce que l’Union européenne?
  2. Comment l’Union européenne a-t-elle eu un impact sur la vie des personnes vivant en Europe ? 

Comment pourriez-vous collaborer avec vos collègues en histoire, en sciences sociales et en langue(s) étrangère(s) dans la réalisation de cette tâche ? 

Comment pourriez-vous, dans la réalisation de cette tâche, aider vos élèves à : 

  • faire appel à différentes ressources
  • collaborer entre eux
  • utiliser les langues qu’ils connaissent 
  • partager leurs connaissances sur le sujet
  • diffuser les résultats de leur recherche ? 

 

Header image based on "The ladder or life is full of splinters" by Mykl Roventine (CC BY-NC-SA 2.0).